Dans ce grand cabinet de conseil, la coopération figurait parmi les valeurs centrales
Sur le papier
Les managers n’y faisaient référence ni en réunion, ni en entretien individuel, ni lors des recadrages
Les décisions se prenaient selon l’urgence
Le chiffre
Le rapport de force
Et les comportements contraires aux valeurs étaient tolérés, dès lors que les résultats suivaient
J’étais intervenu pour un atelier de transformation des valeurs en actions
Le déclic est arrivé au cours d’une réunion de management particulièrement tendue
Deux services se renvoyaient la responsabilité d’un dysfonctionnement
Chacun défendait son périmètre, ses objectifs et ses contraintes
Alors que la coopération figurait, noir sur blanc, parmi les valeurs de l’entreprise
J’ai interrompu les échanges et posé une seule question :
« Si la coopération est réellement l’une de nos valeurs, qu’est-ce qu’elle devrait nous conduire à faire, ici et maintenant ? »
Silence
Puis quelqu’un a fini par répondre, presque en souriant :
« Les valeurs, c’est surtout pour la communication »
Tout était là
Le problème ne venait ni d’un manque de bonne volonté ni d’une mauvaise compréhension des procédures
Les valeurs existaient dans les documents de l’entreprise
Mais elles n’avaient jamais été traduites :
Pas en comportements attendus
Pas en critères de décision
Pas en règles d’arbitrage
Elles ne constituaient donc pas un référentiel commun
Dès que la pression augmentait, chacun revenait à ses propres intérêts et aux vraies règles de l’organisation :
les règles officieuses
Les managers ont alors cessé de parler des valeurs de manière générale
Ils ont nommé précisément les comportements attendus
Puis ils ont commencé à recadrer ceux qui s’en écartaient
Y compris lorsqu’il s’agissait de collaborateurs performants
Une valeur qui ne change ni les comportements ni les décisions n’est qu’une décoration
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